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Les Maîtres du vent, Judith Bouilloc

carte-gilgalCe roman de fantasy se déroule dans un monde imaginaire, sur un très grand continent de forme circulaire appelé Gilgal. Ce continent se divise en plusieurs entités politiques, chacune dirigée par un gouvernement propre. Le héros de l’histoire lui, vient du royaume de Waldgan, un royaume forestier où est en place une monarchie élective, avec un roi élu par les membres du Conseil des Sages.

Notre héros est adolescent. Il est orphelin de père, et vit entouré de sa mère, une guérisseuse passé experte dans l’art des plantes médicinales et de son oncle, un sculpteur sur pierre au talent inoubliable. Les deux lui enseignent leur art, mais Yann, à leur grand regret, voudrait choisir la voie des armes, comme son défunt père. En décédant, son oncle le sculpteur lui livre un dernier message énigmatique : « tu dois percer les secrets gardés par les maîtres du vent, c’est ainsi que tu pourras saisir la beauté ». C’est ainsi que l’adolescent se met en route pour Avel, le royaume des vents, situé au sud du continent.roman jeunesse fantasy ados

Il arrive sur place lors de la grande cérémonie du choix des futurs étudiants de la très célèbre et convoitée académie des vents. Rencontrant deux compatriotes fort sympathiques, il décide, un peu par hasard, de se présenter lui aussi au concours, ouvert pour la première année à d’autres nationalités que les Avélis. A sa grande surprise, et grâce à un don qu’il découvre pour la première fois pendant une des épreuves, Yann est sélectionné.

Commence pour lui une grande aventure : il va apprendre à ne faire qu’un avec les vents, à les écouter, à les noter sur une partition, à s’en servir pour voler, à les invoquer… Mais tout ceci ne sera pas aussi simple et idyllique qu’il le pensait au début. Très vite, il se rend compte que lui et les autres étudiants étrangers sont victimes d’exclusion et de mépris de la part des étudiants avélis, mais également de certains professeurs. Il comprend également que les plus grands secrets de l’art de combattre avec le vent lui seront interdits. Alors, avec la complicité de son compatriote Adémar, le colosse à la hache, et d’un Avélis d’esprit facétieux, Baldoméro, Yann s’apprête à tirer tout ce qu’il peut de cette expérience, quitte à parfois faire fi des règlements.

Mon avis : Ce roman est très agréable, plutôt bien construit en deux grandes parties principales. L’univers est très beau, les idées originales, notamment celle du peuple des vents. L’action est agréable, se lit avec fluidité. J’aurais aimé une plus grande exploration des différentes possibilités offertes par cette univers, au-delà du goût pour les combats développés par le héros. Peut-être un voyage, une quête… Cela reste en tout cas une très belle lecture, faite avec plaisir. A conseiller plutôt pour de bons lecteurs (quand même 430 pages) à partir de 12 ans environ.

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Le loup à l’oreille cassée, André Delabarre

roman ado loups loup sauvage nature forêtLoupataud est un jeune loup d’une portée née au coeur de la Forêt Noire. Sa mère lui apprend les techniques de chasse et de survie qu’un loup doit connaître, mais il est plutôt maladroit et a des difficultés à suivre ses conseils. Un jour, des chasseurs font irruption dans la vie de la meute, et tue la mère du petit loup. Les loups de la meute fuient de tous les côtés, dans l’espoir de semer l’ennemi, et Loupataud, terrorisé, se retrouve seul au milieu de la forêt. Il rencontre alors une petite fille, Miran, qui l’apprivoise peu à peu. Cette petite fille vit seule avec sa mère à l’écart du village, rejetée de tous. Depuis un événement traumatisant, elle refuse de parler et reste repliée sur elle-même, à l’aise seulement dans la nature. L’amitié avec Loupataud va leur permettre à tous deux de réapprendre à faire confiance et à s’ouvrir.

Mon avis : Un roman bien écrit, agréable, qui croise plusieurs sujets de façon passionnante : le thème des loups, que beaucoup d’enfants/ados apprécient, le thème de l’exclusion sociale, de l’amitié. Une belle lecture, adaptée pour dès le début du collège, voire la fin du primaire pour les meilleurs lecteurs.

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La révolte d’Eva, Elise Fontenaille

Voici un roman ultra court, et ultra violent, à réserver aux ados les plus âgés et solides psychologiquement. Eva vit aroman pour ados qui détestent lirevec ses quatre soeurs, sa mère, son chien, et son père dans une petite maison en bord de forêt. Son père est un homme violent, fasciste, sadique. Il bat ses filles régulièrement, les oblige à faire le salut nazi devant Hitler, les humilie. Leur mère n’ose rien dire, elle qui a été pendant si longtemps la victime de ce monstre, avant qu’il ne se retourne contre ses filles. Eva est la troisième, et aussi celle qui a le plus de caractère, et donc sur qui le père s’acharne le plus. Mais elle sait trouver de la liberté, et quelques gouttes de bonheur dans la nature, la forêt, la neige, son ami le chien.

Mon avis : voici un roman bouleversant, par la violence dont il nous rend témoins, mais aussi par l’aveu de l’indifférence de tout l’entourage face à une telle violence. La phrase du gendarme à la fin m’a terrifiée. Cependant l’auteur a aussi su montrer la poésie de son héroïne, sa force morale, sa force de vie qui l’aident à trouver du bonheur dans de petites choses. A réserver aux ados à partir de 14-15 ans, idéal pour ceux qui détestent lire (43 pages seulement).

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Double jeu, Jean-Philippe BLONDEL

roman ado théâtre lycée intégrationQuentin va au lycée dans sa cité. Il a des potes, il fait l’imbécile en cours, il sèche de plus en plus. Le proviseur le convoque avec ses parents, et lui propose une ultime solution : faire sa classe de première dans un lycée de centre ville. C’est ça ou être renvoyé définitivement de l’école car il a passé 16 ans. Quentin n’en a pas du tout envie, mais sa mère lui fait comprendre qu’il n’a pas le choix. Alors il s’exécute, de mauvaise grâce. Rien ne lui plaît dans ce lycée : les autres élèves sont tous issus de familles riches, ils ont des codes qu’il ne comprend pas, ils friment tous, on l’oblige à bosser pour s’en sortir, il n’a personne avec qui faire le bazar en classe alors il préfère rester seul et silencieux dans un coin. Il voudrait fuir, partir ailleurs, recommencer sa vie loin, et avoir plus de chance que ce qu’il n’a eu jusqu’à maintenant. Jusqu’au jour où piqué par la prof de français, il fait une réponse qui laisse tout le monde surpris. De ce jour là, cette prof que tout le lycée adule en raison de l’option théâtre dont elle s’occupe, va s’intéresser à lui, l’obliger à s’ouvrir, à réfléchir, et peut-être même à prendre un rôle auquel il n’aurait jamais osé rêver. Mais le chemin est dur dans cette classe où il doit lutter pour trouver une place.

Mon avis : un roman vraiment sympa sur la difficulté de s’intégrer au collège et au lycée, la difficulté à trouver sa place quand on a l’impression de n’avoir aucune chance dans la vie, les différences sociales, mais aussi sur le théâtre et sa magie.

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Le suivant sur la liste, Manon Fargetton

Nathan, geek de génie, est renversé devant le collège. Izia a tout vu, elle sait que ce n’est pas un accident, mais un meurtre. Aussi, elle est très surprise en découvrant un message de Nathan, datant d’après sa mort. C’est le cas aussi de Samuel et de Morgane. Tous sont amenés à se retrouver dans une clinique mystérieuse, autour de Timothée, le cousin de Nathan. Ils vont apprendre la vérité sur leur naissance, découvrir de bien mystérieux pouvoirs, et se trouver confrontés à l’obligation de fuir pour sauver leur vie. Face à ce danger qui les menace et qui les entoure de tous côtés, seule l’entraide leur permettra de survivre.

Mon avis : Un roman palpitant, sur un sujet assez à la mode dans les romans jeunesse. Il est cependant plutôt bien traité dans ce roman, alliant suspense, action, mais aussi réflexion et un peu d’humour. Une lecture trépidante et assez sympa. Le deuxième tome, La nuit des fugitifs, est tout aussi agréable à lire.

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Anastasia avec conviction, Lois LOWRY

roman enquête réflexion valeurs enfants adosRésumé : Anastasia a un chien depuis quelques jours, et elle a promis à ses parents de s’en occuper. Aussi lorsque le chien gratte la porte pour sortir à 6h du matin, c’est qui doit aller le promener pour qu’il fasse ses besoins dans la rue. C’est aussi elle qui doit emmener un petit sachet plastique afin de ramasser les dits-besoins et de les jeter à la poubelle afin de ne pas salir les trottoirs de la ville. Ce matin-là, Anastasia fait tout bien correctement, et en profite pour emporter une lettre que sa maman lui a demandé de poster. Mais malheur, un peu angoissée par l’idée que quelqu’un la voit en train de ramasser une crotte avec un sachet plastique, elle se trompe et met le sachet contenant la crotte dans la boîte aux lettres, et la lettre dans la poubelle. Comprenant son erreur, elle est très embarrassée, et craint d’être accusée d’avoir causé du désagrément aux postiers. Surtout qu’elle apprend que la police s’est trouvé sur les lieux peu après son « crime » et que la poubelle en question a disparu. Le cours de réflexion philosophique qu’elle suit au collège et qui la mène à s’interroger sur les choix et les responsabilités de chacun la conduisent à se poser de plus en plus de questions.

Mon avis : Voici un livre très agréable, facile à lire, avec une héroïne tout à fait sympathique dans ses nombreux doutes. Ce roman pousse à s’interroger sur nos choix dans la vie, tout en restant sur un mode léger et presque un peu humoristique. C’est une très bonne lecture, à recommander à partir de 10 ans.

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Les petits orages, Marie Chartres

Résumé : La vie de Moses Laufer Victor est un calvaire, dont il s’échappe en regardant de stupides vidéos de pandas sur youtube. En effet, déjà il a un prénom idiot, son visage est couvert d’une acné très importante, ses parents sont tous les deux psychanalystes, et pourtant fort peu doués pour roman ado différence handicap indien amitiéparler des leurs émotions. Or les émotions sont grandes et pleines de souffrances dans cette famille, depuis l’année précédente quand un accident de voiture a grièvement blessé l’adolescent, qui a de terribles cicatrices et douleurs, et doit se déplacer avec une béquille, et sa mère, restée handicapée. Moses ne sait plus comment continuer, comment donner du sens à sa vie, où tout ce qui était avant facile et fluide est devenu difficile et douloureux : marcher, se pencher, s’asseoir. Il n’a quasiment pas d’amis, refusant la pitié comme la moquerie. Il va rencontrer un adolescent tout aussi blessé que lui, même si ses cicatrices sont moins visibles : Ratso, un Indien. Tous deux vont apprendre à se connaître, au-delà de leurs sensibilités douloureuses et de leurs colères. Cette amitié leur permettra de surmonter ces souffrances, et au travers d’un voyage assez aventureux et incertain, à bord d’une voiture épave, en direction de la réserve indienne dont est originaire Ratso, de retrouver le goût de la vie et de l’avenir.

Avis : J’ai beaucoup aimé ce livre, un coup de cœur comme cela faisait longtemps que je n’en avais plus eu. Ce livre traite de la différence, qu’elle soit dûe au handicap, à la pauvreté, à l’origine… Il est facile à lire, pas trop long. Les émotions sont fortes, mais pour autant restent vraies et évitent le sensationnalisme. L’auteure sait nous ménager des surprises, ses personnages se dévoilent peu à peu, mais n’hésitent pas à garder une part de mystère. On a envie de savoir la suite de l’histoire, de comprendre les personnages et leur vie. On découvre la misère matérielle, psychologique et politique de la vie dans les réserves indiennes. Très belle lecture, que je recommande à partir de 14 ans.

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Le garçon qui avait perdu la face, Louis Sachar

David va au collège. Il aimerait bien intégrer le groupe que son ancien meilleur pote fréquente, mais il sent que ce n’est pas si facile, il n’est pas assez « cool » pour eux. Un jour qu’il est avec ce groupe, les garçons décident d’attaquer une vieille dame pour lui voler sa canne. louis sachar le garçon qui avait perdu la face roman ados collège amitiéDavid les suit pour ne pas que les autres se moquent de lui, mais cette idée ne lui plait pas du tout. Les autres font tomber la vieille dame (David voit ses dessous), lui renversent de la limonade sur la tête, cassent un carreau et volent sa canne. David ne sait comment réagir. Il voudrait venir en aide à cette vieille dame par terre, mais il a peur de perdre la face devant les autres garçons. Alors, il fait un doigt d’honneur à la vieille dame, espérant vaguement qu’elle ne saura pas ce que ça veut dire. La vieille femme prononce alors une sorte de formule magique en le regardant, une malédiction.

Aussi, dans les jours qui suivent, David sent la malédiction s’acharner sur lui. Tout ce que les garçons ont fait subir à la dame lui arrive : il casse un carreau chez lui, il tombe de sa chaise en classe, il oublie de fermer sa braguette et toute la classe voit ses dessous… David ne sait comment arrêter cette malédiction. Elle lui pose spécialement problème car il aimerait bien inviter une fille à aller au cinéma, mais il a peur de se renverser de la limonade sur la tête ou autre catastrophe. De nouveaux amis vont l’aider à prendre confiance en lui, à réaliser qu’il n’est pas obligé de fréquenter les stars du collège pour avoir de la valeur et être quelqu’un de bien. Peu à peu il va comprendre qu’il n’y a qu’une seule solution pour annuler la malédiction, assumer ce qui a été fait.

Mon avis : Un livre facile à lire, rigolo. De nombreux ados se reconnaîtront dans David, un collégien tout à fait banal qui aimerait bien fréquenter les stars de la classe, et pour ça est prêt à faire un peu n’importe quoi. Le roman montre bien que la confiance en soi est primordiale pour faire face aux moqueries et que l’essentiel est de rester fidèle à soi-même.

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La cascade gelée, Gaye Hiçyilmaz

Selda vit en Turquie avec sa mère et ses sœurs. Son père et ses frères ont émigré en Suisse allemande depuis plusieurs années. Elles attendent avec impatience de pouvoir les rejoindre. Enfin les billets d’avion arrivent, et c’est le grand départ. Selda est impatiente, mais en même temps très inquiète. Elle qui est excellente élève en Turquie, comment va-t-elle faire à l’école dans un pays dont elle ne connaît pas la langue ? Elle a peur de devenir une élève à problèmes, de ne pas pouvoir réaliser ses ambitions.

roman adolescents ados immigration Turquie SuisseL’arrivée en Suisse est pleine de sentiments complexes. Le pays lui plaît, elle découvre les montagnes, la neige. Elle admire l’ordre suisse, l’élégance des villes. Pourtant, elle ne retrouve pas l’ambiance familiale telle qu’elle l’avait connue en Turquie, son père est devenu maussade, sa mère ne trouve pas sa place dans ce nouveau pays. A l’école, les enseignants sont très gentils, mais Selda ne se fait aucun ami, progresse lentement en allemand. Pourtant elle s’accroche, et peu à peu réussit à faire surface. Elle devient amie avec la fille du directeur de la plus grosse usine de la ville, qui malgré sa fortune est rejetée par les autres élèves. Selda découvre alors que la fortune n’empêche pas à une famille de connaître les soucis et le malheur.

Elle rencontre également un jeune homme turc, mais qui lui est un immigré clandestin, et à cause de cela, voué à un avenir sombre, perpétuellement exploité par les autres. Elle veut lui venir en aide, mais ce n’est pas si facile qu’elle pourrait le croire.

Mon avis : Ce roman m’a beaucoup plu. C’est un roman qui sait prendre son temps, qui installe les personnages avec beaucoup de profondeur, qui décrit les situations avec subtilité. Ce roman évite la caricature face à la question de l’immigration. Il montre combien les situations peuvent être complexes, parfois presque contradictoires. De nombreux sujets sont abordés, les différences des cultures, les risques de la radicalisation, le problème de l’immigration clandestine, de l’esclavage moderne qui en résulte, de l’intégration à l’école et dans la vie quotidienne. Il sait montrer les richesses de l’immigré aux côtés des difficultés qu’il rencontre. Il offre également une réflexion sur l’amitié, la franchise et ses difficultés, même sur la famille.

Ce roman est riche et dense. Je le conseille aux bons lecteurs, que les 373 pages n’effraieront pas.

Freak city, Kathrin Schrocke

Résumé : Mika est un adolescent de 15-16 ans. Il ne sait pas vraiment où il en est avec sa petite amie qui a décidé de rompre au moins momentanément. Il sort au hasard dans un café branché, et rencontre une jeune fille vraiment très attirante, Léa. amour surdité handicap roman adolescents adolescence adoUn peu surpris par ses réactions étranges, il comprend qu’elle est sourde et qu’elle communique par la langue des signes. Il s’inscrit un peu sur un coup de tête à un cours pour apprendre lui aussi à signer. Peu à peu sa relation avec Léa se construit, il découvre l’univers des sourds, il apprend à connaître leurs codes, leurs difficultés, leurs forces aussi et pourquoi certains d’entre eux affirment qu’ils ne voudraient pas devenir des « entendants ». Mais son coeur ballotte encore un peu entre son ancienne petite amie Sandra et cette jeune fille fascinante mais un peu effrayante Léa. Il entre peu à peu dans le monde des adultes, découvre ses ambiguïtés, apprend la difficultés des choix, et la joie de s’assumer.

Mon avis : Voici un chouette roman. Cela se passe en Allemagne, il ne faut donc pas s’étonner que les âges de scolarité ne collent pas tout à fait avec les nôtres. La découverte de l’univers des sourds, des difficultés que rencontrent certains d’entre eux avec leur famille par exemple, les stratégies qu’ils mettent en place au quotidien pour surmonter leur handicap est vraiment passionnante. Il s’agit également d’une jolie histoire d’amour, intéressante car compliquée, comme dans la vraie vie. Ce roman s’adresse aux grands adolescents, capables de comprendre les ambiguïtés de la vie et des gens.

Chapitre 6 : Le traquenard

Après ce banquet, la vie poursuivit son cours au château. Certains jours, Ermeline paraissait songeuse, et Béranger se demandait si elle pensait à ces jeunes seigneurs fats qui s’étaient pressés autour d’elle lors de la fête. Il mourrait d’envie de lui révéler ses véritables origines et avoir ainsi lui aussi une place dans ses rêveries. Mais ces problèmes mystérieux évoqués par le seigneur Aymeric l’angoissaient. Il sentait au fond de son coeur qu’une terrible histoire se cachait derrière tout cela et qu’il valait mieux tenir sa langue avant d’en savoir plus.

Son attente ne fut pas longue. Un matin, alors qu’il soignait les chevaux, Aymeric fit irruption derrière lui.

– Prépare nos chevaux Béranger, je dois aller au monastère, tu vas m’accompagner, débita le seigneur d’un ton pressé. Je t’expliquerai en route, ajouta-t-il avant de sortir.

Béranger harnacha rapidement les deux chevaux. Quatre autres chevaliers entrèrent dans l’écurie et se dirigèrent vers leurs montures. Béranger sentit une vague d’excitation l’envahir. Enfin il allait savoir.

Quelques instants plus tard, la petite troupe chevauchait dans la forêt. Béranger comprit qu’une missive en provenance du monastère était arrivée. Des brigands tournaient dans les parages et le seigneur Aymeric voulait tenir son engagement. A cinq chevaliers armés et bien entraînés, ils pouvaient facilement mettre à mal la dizaine de brigands dépenaillés évoquée par l’abbé. Béranger fut un peu vexé d’avoir encore une fois été mis à l’écart des hommes armés et de ne pas pouvoir participer au combat, mais la promesse de connaître enfin la vérité sur ses origines lui fit ravaler l’amertume qu’il aurait pu ressentir.

Ils galopaient à travers les arbres depuis déjà un bon moment lorsque Béranger sentit ses sens se mettre en alerte. Face à eux le chemin montait sur le flanc nord d’une colline. La forêt de feuillus laissait la place à l’ambiance plus froide d’une forêt de grands pins. Les conifères, très hauts et serrés, ne laissaient pas filtrer le soleil et le chemin devenait très sombre. Béranger crut apercevoir des formes bouger dans l’ombre. Un peu inquiet, il pressa insensiblement les flancs de son cheval qui, répondant immédiatement au souhait de son cavalier, accéléra son allure. Béranger arriva à la hauteur du seigneur Aymeric peu avant de pénétrer dans les pins. Il ne voyait plus rien bouger, mais un sentiment d’urgence l’avait gagné tout entier désormais. Il s’adressa à son seigneur sans avoir reçu l’autorisation de prendre la parole :

– Seigneur commença-t-il, lorsque tout à coup, une nuée de flèches s’abattit sur eux. La monture de Béranger poussa un hennissement déchirant. Elle trébucha, fit encore quelques pas puis s’effondra sur le côté, entraînant Béranger sous elle. Le jeune homme eut encore juste le temps d’entendre des bruits d’épées et le seigneur Aymeric rugir  » Traîtres !  » puis il toucha brutalement le sol et sentit le poids de l’animal écraser sa jambe gauche. Sa tête heurta la terre et tout s’obscurcit.

Il reprit conscience un court instant plus tard. Le fracas des armes s’était calmé. Il entendait des pas, des sabots de chevaux et des voix confuses autour de lui. Il avait du mal à respirer. Un liquide visqueux l’empêchait d’ouvrir les yeux. Il était terrifié. qui les avait attaqués ? Où étaient les autres ? Est-ce qu’ils étaient encore en vie ? Désarmé comme il l’était et aveuglé, il se sentait totalement impuissant et n’osait pas bouger. Soudain, une voix teintée d’un fort accent savoyard lâcha d’un ton railleur :

« – Mon cher Aymeric, vous êtes trop prompt à voler au secours des autres… Maintenant notre seigneur n’a plus qu’à cueillir votre château et votre donzelle. Je sens qu’il va prendre autant de plaisir avec l’un qu’avec l’autre. L’homme qui venait de parler éclata d’un rire mauvais.

– Ne restons pas ici. Il faut que notre action reste secrète pour ne pas mettre les autres habitants du château en alerte.

L’un des deux hommes émit un sifflement. Bérenger entendit les sabots d’au moins une dizaine de chevaux se rassembler et s’éloigner rapidement.

Le silence revint au-dessus de la forêt, entrecoupé des cris rauques des geais. L’angoisse ne quittait pas le garçon. Il poussa un faible cri, mais personne ne répondit. Le désespoir le submergea. Ils étaient tous morts ? Sans même avoir eu le temps de se battre… Les chevauchées du comte de Savoie étaient abominablement meurtrières. Mais il réalisa aussitôt son erreur. Cette attaque n’avait rien d’une chevauchée habituelle. Ils étaient attendus, c’était une embuscade. Les paroles des Savoyards lui revinrent en mémoire et le firent frémir.

Il essuya son visage entièrement recouvert d’un sang épais et poisseux. Sans doute celui du cheval, blessé par plusieurs flèches. Il leva la tête et observa les alentours. Il fut atterré par le spectacle sanglant qui se présentait à son regard. Les quatre chevaliers et le seigneur Aymeric gisaient morts sur le sol, le corps recouvert de multiples blessures. Malgré les blessures par flèches, ils avaient quand même réussi à tuer trois de leurs ennemis dont les cadavres reposaient également sur le sol.  Cinq chevaux en provenance de Quirieu était mort, le seul animal survivant restait en bordure de la forêt, terrorisé, poussant de légers hennissements, le corps traversé de tremblements. Béranger se demanda pourquoi il n’avait pas été achevé. Sans doute le sang qui recouvrait son visage avait-il leurré les Savoyards.

Béranger prit appui sur le sol avec ses bras pour se redresser et essaya de dégager sa jambe coincée sous le cheval. Encore étourdi par la violence du choc, il dut s’y reprendre à plusieurs fois pour s’extirper. Sa peau était écorchée profondément à plusieurs endroits. Quand il voulut s’appuyer sur elle, sa jambe se déroba sous son poids et il s’effondra. Il frotta le membre tuméfié, et serrant les dents, se remit debout. Il n’avait pas le choix, il devait absolument retourner au château, chaque minute comptait.

Cependant, malgré l’urgence de la situation, il ne pouvait pas laisser le cadavre du père d’Ermeline seul au milieu de la forêt. Il s’approcha du cheval rescapé de l’attaque. La bête renâcla et gratta nerveusement la terre de son sabot. Béranger se mit à psalmodier des paroles étranges d’un ton doux et régulier. L’animal, comme hypnotisé, se calma et arrêta ses tentatives de fuite. Bérenger s’approcha lentement de lui, posa la main sur son encolure, le flatta doucement sans jamais arrêter son chant monocorde. Puis il saisit les rênes et le guida à travers les corps étendus. L’animal sembla à nouveau effrayé par la proximité de la mort, il s’ébroua faiblement, mais la sorte d’envoûtement dans lequel l’avait plongé Bérenger gardait tout son pouvoir et il resta docile. Bérenger attrapa le corps de son seigneur par les aisselles. Le visage d’Aymeric était contracté, comme sous l’effet d’une colère violente mélangée à une intense souffrance. Le jeune homme hissa le cadavre de cet homme qui avait été un roc à ses yeux et à ceux de toute la communauté de Quirieu en travers de la selle. Il se hissa lui-même derrière et malgré l’inconfort de la position et la douleur lancinante qu’il ressentait dans toute sa jambe gauche, il lança le cheval au galop sur la piste en direction du retour.

Bacha Posh, Charlotte Erlih

En Afghanistan, les femmes n’ont pas le droit de sortir sans être accompagnées d’un homme, un père, un frère ou un fils. Par conséquent, cela pose un problème dans les familles où il n’y a pas de garçon parmi les enfants. Pour remédier à ce problème, il existe une tradition, déguiser l’une des filles en garçon : on appelle cela une bacha posh. Cette fille a alors tous les droits des garçons : sortir librement dans la rue, étudier, faire du sport. Elle est exemptée des tâches ménagères réservées aux femmes dans cette culture. Et grâce à elle, sa mère et ses sœurs peuvent sortir, accompagnées. Cependant, le jour de sa puberté, cette liberté s’arrête, la jeune fille reprend son statut de fille, ne peut sortir plus que voilée intégralement, et accompagnée d’un homme.

Le roman raconte l’histoire de l’une d’elles, nommée Ferrukzad à la naissance, elle est depuis l’âge de 5 ans Ferrukh. Elle va à l’école, et a monté une équipe d’aviron. Forte de sa connaissance du français, elle a réussi à se procurer un bateau de compétition, et avec ses copains, ils espèrent pouvoir représenter l’Afghanistan aux jeux olympiques. Mais un jour, Ferrukhzad a ses premières règles, et est considérée désormais comme une fille. C’est sa petite sœur, Amira, qui va maintenant jouer le rôle d’un garçon. Les parents de Ferrukhzad mentent aux amis de celle-ci (celui-ci pour les amis), disent qu’il est parti. Ferrukhzad est désespérée, elle ne veut pas trahir ses amis si peu de temps avant les jeux olympiques. Elle va tenter de se révolter contre ses parents et la tradition.

Ce roman est très intéressant, je ne connaissais pas du tout cette tradition. Il n’y a pas de jugement ouvert sur cette tradition, le roman raconte juste les faits, l’action, et retrace les ressentis de la jeune fille.

Un article intéressant sur le sujet.

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Les autodafeurs, Marine Carteron

Voici un nouveau roman plein d’aventures, d’action et de mystère.

Auguste a 14 ans. Il vit avec ses deux parents et sa petite soeur Césarine. Il est très préoccupé par son look pour plaire aux filles, il réclame à corps et à cris un portable à ses parents qui refusent, et il fait tout pour éviter sa mère qui travaille dans le collège où il va. Ses parents sont un peu ringards et vieux jeu, des profs quoi ! Un jour son père meurt dans un accident de voiture. Auguste propose alors d’aller s’installer à la campagne chez les grands-parents paternels, ce qui semroman adolescents espionnage espions mission secrète agents secrets complotble redonner le sourire à sa mère. Cependant, là-bas, il va faire des découvertes qui vont totalement changer sa vision du monde et de sa famille. Il apprend que sa famille appartient depuis des générations entières à une société secrète, la Confrérie, chargée de protéger le savoir de l’humanité contenu dans les livres. En effet, dans l’ombre oeuvrent les autodafeurs, personnes mauvaises qui veulent asservir les êtres humains en leur coupant l’accès à la connaissance. Leur principal objectif est la destruction générale des livres. Auguste découvre que lui-même a été secrètement formé pour devenir un agent de la Confrérie : cela explique les cours d’arts martiaux, les stages de survie auprès des indiens d’Amérique… Il découvre également que loin d’être des adultes ringards, les membres de sa famille sont des espions surentraînés et hyper organisés pour sauvegarder ces secrets millénaires. Mais les ennemis se rapprochent, et il faut agir. En parallèle, on lit le journal intime de Césarine, sa petite soeur, atteinte d’autisme Asperger. Son journal est fantastiquement drôle avec sa façon d’analyser perpétuellement les évènements de façon rationnelle et terre-à-terre. Césarine est une surdouée à qui personne ne prête attention. Elle va montrer qu’elle peut jouer un rôle de tout premier plan dans cette aventure.

Ce roman est plein d’action, ça va parfois à 100 à l’heure, il y a aussi beaucoup d’humour, et une réflexion intéressante sur le rôle des livres pour l’humanité. Il ne faut pas se décourager en lisant le début qui peut paraître un peu long, par la suite, l’action s’engage et la lecture est plus rapide. Parfois les évènements peuvent sembler même un peu exagéré, mais c’est presque jubilatoire, en tout cas moins toutes ces exagérations m’ont faite beaucoup rire, et j’ai passé un super moment de lecture, sans voir le temps passer. Pour le moment j’ai lu les deux premiers tomes, j’attends de trouver le 3ème avec impatience.

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Tu es une légende, Tim Winton

Ce roman est le troisième d’une trilogie. Je n’ai pas lu les précédents et cela ne m’a pas gênée une seule seconde. Il raconte l’histoire d’une famille très unie vivant en Australie. roman adolescents maladie dépression déprimeElle comporte deux parents dont le père est flic. Ils sont donc logés dans une maison prêtée par l’état, une maison un peu pourrie dans un quartier pas mal pourri. La mère est écolo, pleine d’énergie, elle élève ses trois enfants avec amour et bienveillance. L’aîné est le héros, il va au collège, s’est fait larguer l’année précédente par sa copine devant tout le monde, et cette année a dû supporter le déménagement de son meilleur copain. C’est pas trop la joie pour lui. Il a un frère cadet en fin d’école primaire, et une petite soeur encore bébé. Une vie assez banale somme toute. Mais d’un coup, tout change et devient compliqué. En effet, sa mère tombe en dépression et doit être hospitalisée. Lockie doit donc assumer la maison à sa place, changer la petite, faire les courses, préparer les repas, faire les lessives, et préparer sa rentrée au collège par dessus le marché. Il rend également visite à sa mère à l’hopital, essaie de renouer le contact avec elle par dessus ce brouillard de tristesse duquel elle semble incapable de sortir.

Ce roman est assez court, très agréable à lire. L’émotion est forte dans ce roman, il permet de découvrir la maladie de la dépression, souvent mal connue, et parfois méprisée. On peut ainsi mieux comprendre les gens qui en sont atteint. Cependant le roman ne tombe pas dans les lamentations et le désespoir. L’humour est toujours présent en sourdine pour nous remonter le moral, et le héros trouvera d’ailleurs une aide mystérieuse inespérée. Un très beau roman, émouvant et authentique.

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Tobie Lolness, Timothée de Fombelle (coup de coeur)

Résumé : L’histoire se passe sur un arbre. Des petits êtres, tout petit (dans cet univers, faire 2 millimètres, c’est être déjà très grand) vivent ici. Les habitants de l’arbre ne connaissent pas la vroman écologie adolescents nature aventuresie en dehors de leur arbre, qui constitue pour eux un monde complet, avec ses cascades, ses forêts, ses champs, ses animaux, ses problèmes climatiques… Tobie est le fils d’un savant génial, qui fait des expériences et a des théories novatrices sur cet univers dans lequel se déroule leur vie. Lorsque l’histoire débute, Tobie est en fuite. Ses parents ont été emprisonnés et tout le peuple de l’arbre est à sa poursuite, débordant d’une haine à son égard qu’il a du mal à comprendre. Le récit remonte alors un peu dans le temps et nous montre combien les théories du savant dérangent, surtout ceux qui ont le pouvoir et l’argent. La famille est d’abord exilée dans une région hostile (où pourtant Tobie fera des rencontres précieuses pour son cœur) puis pourchassée. Tobie fuit, découvre de nouvelles vérités, fait des rencontres formidables. Dans le deuxième tome, il trouve de l’aide dans plusieurs initiatives de résistance, et espère de tout son cœur retrouver ceux qu’il aime, ainsi que sauver l’arbre de cette destruction annoncée depuis longtemps par son père, et dont on voit désormais les effets.

Mon avis : Voici un roman formidable. L’aventure est présente à toutes les pages, le monde est fourmillant, détaillé, poétique, les personnages très attachants, variés et intéressants. En plus d’être un excellent roman d’aventures, ce roman nous apprend des choses sur la vie à toute petite échelle, et construit également une belle métaphore des dégâts que l’humanité impose actuellement à notre planète. Il n’y a plus qu’à espérer que nous serons aussi intelligents que les habitants de l’arbre et que nous saurons nous aussi lutter contre cette destruction. Une lecture coup de coeur pour moi.

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