1er chapitre : la colère du Comte de Savoie

1289

Le comte de Savoie donna un grand coup du plat de la main sur la table, faisant voler les feuilles de parchemin à travers la pièce.

« Mon oncle est un abruti ! Comment a-t-il pu laisser cette alliance se faire ? »

Amédée de Savoie marcha à grands pas dans la pièce, énervé par tout ce qu’il venait d’apprendre. Se ressaisissant, il passa le doigt le long de sa fine moustache. Âgé de quarante ans, il était comte de Savoie depuis quatre ans. Il avait passé les quatre premières années à guerroyer du côté de la Suisse et de la Bresse, remportant de nombreux succès. Son conseiller venait de le rappeler dans son château pour lui faire part des manoeuvres politiques de son puissant voisin et rival, Humbert Ier dauphin du Viennois.Celui-ci avait réussi à renverser une alliance qu’Amédée avait obtenue deux ans auparavant pour consolider le Sud de son état.

Le plus exaspérant dans cette histoire, c’était qu’Humbert Ier n’était pas un vrai descendant des dauphinois, mais appartenait à la famille de la Tour du Pin. Les Savoyards avaient eu de bonnes relations avec cette famille pendant des dizaines d’années. Les Terres des Seigneurs de la Tour se situaient entre les deux principaux territoires des comtes de Savoie : la Bresse et la Savoie. Ils avaient toujours laissé les comtes circuler librement sur leurs routes. Or, depuis qu’Humbert de la Tour était devenu dauphin du Viennois par son mariage en 1282, ces terres de la Tour du Pin étaient devenues une vraie épine dans le pays des Savoyards. Amédée en voulait à son oncle Philippe Ier de ne pas avoir su contrer une telle alliance.

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Morestel et Crémieu appartenaient aux Seigneurs de la Tour. Le comte de Savoie pouvait y passer librement. Par son mariage, Humbert de la Tour est devenu Dauphin. Ces deux seigneuries appartiennent maintenant aux dauphins, ennemis des Savoyards, qui ne peuvent donc plus circuler librement.

Son visage fin et intelligent devint pensif. Il s’assit et d’un claquement de doigts ordonna à un serviteur de ramasser les parchemins dispersés.

« Qui dirige Morestel en ce moment ?

– Le seigneur Gauthier de Montagnieu.

– Ce gros bouffi qui ne pense qu’à s’empiffrer ?

– Hum, la description de Monseigneur est tout à fait réaliste, acquiesça le conseiller en retenant un sourire.

– Il ne sera pas difficile de reconquérir au moins Morestel. De là, nous aurons un appui pour marcher sur Crémieu.

– L’idée de Monseigneur est brillante, remarqua avec une flatterie peu déguisée le conseiller.

Il savait qu’il fallait ruser avec Amédée. Très intelligent, le comte supportait mal qu’on doive lui faire un reproche. Pourtant, il châtiait avec une sévérité proche de la cruauté ceux qui le servaient mal. Le conseiller devait donc déployer des trésors de rhétorique pour lui faire part de ses idées.

– Je dois cependant faire remarquer que sur la route entre la Savoie et Morestel se trouve le château de Quirieu. Celui-ci est tenu par le chevalier Aimeric de la Tour. C’est un cousin lointain d’Humbert. Il n’est pas très riche, pas très puissant, mais extrêmement farouche. Il protège sa fille, fort jolie selon la rumeur, et son domaine avec opiniâtreté. Si nous le contournons, il nous attaquera par derrière lorsque nous ferons le siège de Morestel. Et si nous l’attaquons les premiers, il risque de nous donner du fil à découdre.

– Je ne suis pas pressé, murmura Amédée. Si c’est un homme revêche et teigneux, rien ne sert de l’attaquer de front. Je vais resserrer mon filet autour de lui, et je le prendrai à la gorge par surprise puis je n’aurai plus qu’à cueillir la donzelle et le château. Reviens demain à l’aube, nous mettrons en place ce filet. » Il laissa échapper un rire sardonique et congédia son maître en stratégie d’un geste de la main.

Le conseiller sortit rapidement, fronçant les sourcils. L’appétit de son seigneur pour les jeunes filles ne lui plaisait pas trop car il était lui-même père d’une fille de douze ans. Sachant combien de demoiselles avaient été importunées par les convoitises d’Amédée, il empêchait sa fille de sortir lorsque le seigneur était dans les parages, espérant ainsi la protéger.

Lire le chapitre 2.

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9 commentaires sur “1er chapitre : la colère du Comte de Savoie

  1. Mais oui j’ai envie de lire la suite! et je vais aller traîner ma souris sur wikipedia pour rafraîchir mes connaissances sur la Savoie… Quelque chose me dit que la donzelle va savoir donner du fil à retordre au comte. Lâche pas la patate et continue! biz V.

    • Merci !!!!!!! Lol, moi aussi j’ai bien traîné sur wikipédia ces derniers jours. Et plein d’autres 🙂 intéressant tout ce qu’on apprend ! Merci pour tes encouragements, bisous !

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