Chapitre 4 : Une révélation

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Béranger chevauchait à travers la forêt, en direction du château de Belmont. Rien ne lui plaisait tant que de galoper, seul dans les bois, de sentir son corps onduler au rythme du cheval. Pour ceci, il était reconnaissant au seigneur Aimeric de lui avoir confié ces courriers. Pourtant, son coeur était empli d’un orage de sentiments tumultueux. Il avait du mal à faire le tri dans les pensées qui se bousculaient derrière son front. Qui était son père ? Tout le monde au château chuchotait qu’il était le bâtard d’Aimeric. Pourquoi Aimeric refusait-il de l’avouer ? C’était monnaie courante chez les seigneurs de donner une place officielle à leurs enfants illégitimes, surtout en l’absence de descendant mâle. Il sentait bien quand même que le seigneur lui réservait un sort particulier. Il avait appris à monter à cheval, un honneur réservé aux chevaliers. Au château il avait plus le rôle d’un page que d’un serviteur. Cependant, Aimeric lui avait toujours interdit de toucher une arme. Mais pourquoi ? Béranger serrait les dents de frustration. S’il était son fils, il avait le droit d’apprendre à se battre ! Cette décision était complètement injustifiée.

Béranger sentit la colère monter en lui, une de ces terribles colères qu’il avait appris à redouter depuis son enfance, qui lui faisait perdre toute maîtrise et se sentir comme possédé. Il commençait à trembler de tout son corps. Il se pencha plus avant sur l’encolure de sa monture, réussit à murmurer quelques mots à son oreille et se laissa emporter par le galop de la bête. Il galopa longtemps ainsi à travers les arbres, les mâchoires serrées, le corps tendu à se rompre. Les vagues de colère continuèrent à le traverser, peu à peu moins violentes, jusqu’à s’évanouir dans la poussière soulevée par les sabots du cheval. Epuisé, Béranger fit ralentir l’animal et ferma les yeux à demi. Au fond de lui, il se doutait confusément que le refus d’Aimeric de le laisser combattre était lié à cette propension à entrer dans des crises de rage. Conscient du danger qu’il représentait quand cet état survenait en lui, Béranger cherchait depuis tout petit des techniques pour maîtriser ses crises. S’abandonner au galop d’un cheval se révélait particulièrement efficace. Il remit sa monture au trot, tâchant de respirer calmement pour se préparer à son arrivée à Belmont.

Au fond de son coeur, une petite voix se fit entendre, une petite voix qu’il essayait d’ignorer, mais qui de jour en jour se faisait plus insistante. S’il n’était pas le fils d’Aimeric, alors il n’était pas le frère de sang d’Ermeline. Et s’il n’était pas le frère d’Ermeline… Le sang lui monta au visage. Il poussa un soupir et se sermonna intérieurement. La vie était bien assez compliquée comme ça.

Il arrivait en vue des tours du château de Belmont. Il connaissait le seigneur des lieux, un jeune homme assez simple, presque frustre, mais qui semblait gentil. Ce serait un bon mari pour Ermeline pensa Béranger avec une légère tristesse. Il lui laisserait sans doute son indépendance et se montrerait respectueux. Béranger s’avança vers la barbacane, mit pied à terre et demanda à être annoncé.

♦♦♦

Béranger rentra tard dans la nuit, après avoir livré toutes ses missives. Voyant la lueur tremblante d’une bougie à la fenêtre du bureau du seigneur Aimeric, il monta lui faire un compte-rendu. Il frappa la lourde porte de chêne et entra, invité par un simple grognement.

– Te voilà, constata le seigneur Aimeric.

– Oui Monseigneur. J’ai porté tous les courriers, et tous les seigneurs ont promis d’être là demain soir.

– Bien. Il faudra que j’en informe ta mère, afin qu’elle fasse préparer des lits pour nos hôtes. Je l’entends déjà rouspéter.

Béranger sourit à ses mots. Aimeric le regarda puis poussa un soupir.

– Béranger, j’ai longtemps hésité, mais je pense qu’il est temps maintenant de te parler.

Le jeune homme redressa la tête, et se figea dans une attitude de complète attention.

– C’est compliqué pour moi de te parler de tout cela. C’est un sujet tabou dans la famille.

Béranger était suspendu aux lèvres d’Aimeric, oubliant presque de respirer.

– Tu ne connais pas ton père. Je sais que c’est une souffrance pour toi. Je sais aussi que des rumeurs m’attribuent ta paternité. Sache que bien que je te considère presque comme un fils et comme un frère pour Ermeline, ce n’est pas le cas.

Béranger ouvrit la bouche, stupéfait, mais ne réussit pas à articuler la question qui brûlait en lui.

Aimeric continua de sa voix grave et lente :

– Tu veux savoir qui c’est évidemment. Ton père appartient à ma famille Béranger. C’est mon cousin.

– Votre cousin ? Le garçon essaya rapidement de se remémorer ce qu’il savait de la famille su seigneur Aimeric.

– Ne cherche pas Béranger, tu ne le connais pas. Mon cousin s’appelait Anthelme. C’est un cousin éloigné du côté de mon père. Cette branche de la famille a toujours posé de nombreux problèmes.

– Pourquoi ne me l’a-t-on pas dit plus tôt ? demanda Béranger d’un ton accusateur.

– Ne t’énerve pas Béranger. La situation était très délicate. Ce n’est pas à moi de te raconter ces choses-là. Je peux simplement te dire que mon cousin a eu de graves problèmes et qu’il était préférable pour toi de grandir à l’écart de ces histoires.

– Je ne comprends pas. Qui va pouvoir me dire la vérité si vous ne le pouvez pas ?

– Ton père lui-même, Béranger. Il va rentrer dans peu de temps d’un long voyage très loin d’ici. On dit qu’il est devenu quelqu’un d’important maintenant. Il semblerait qu’il ait su surmonter son passé et en faire une force. J’ai l’espoir qu’il saura t’apprendre à en faire de même. Il sera reçu par les moines du monastère de la Pierre Plate. Il fait partie des leurs à présent, sous le nom de Frère Baudouin.

Béranger restait hébété devant toutes ces informations. Il avait du mal à percevoir les implications que tout cela pourrait avoir pour lui. Aussi lorsque Aimeric lui conseilla d’aller se coucher de son ton calme et apaisant, il lui obéit, presque machinalement. Assommé par les émotions de la soirée et par sa longue journée de cheval, il s’endormit quasi immédiatement, d’un sommeil lourd et sans rêves.

Chapitre 5 : Le festin

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2 commentaires sur “Chapitre 4 : Une révélation

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