Chapitre 6 : Le traquenard

Après ce banquet, la vie poursuivit son cours au château. Certains jours, Ermeline paraissait songeuse, et Béranger se demandait si elle pensait à ces jeunes seigneurs fats qui s’étaient pressés autour d’elle lors de la fête. Il mourrait d’envie de lui révéler ses véritables origines et avoir ainsi lui aussi une place dans ses rêveries. Mais ces problèmes mystérieux évoqués par le seigneur Aymeric l’angoissaient. Il sentait au fond de son coeur qu’une terrible histoire se cachait derrière tout cela et qu’il valait mieux tenir sa langue avant d’en savoir plus.

Son attente ne fut pas longue. Un matin, alors qu’il soignait les chevaux, Aymeric fit irruption derrière lui.

– Prépare nos chevaux Béranger, je dois aller au monastère, tu vas m’accompagner, débita le seigneur d’un ton pressé. Je t’expliquerai en route, ajouta-t-il avant de sortir.

Béranger harnacha rapidement les deux chevaux. Quatre autres chevaliers entrèrent dans l’écurie et se dirigèrent vers leurs montures. Béranger sentit une vague d’excitation l’envahir. Enfin il allait savoir.

Quelques instants plus tard, la petite troupe chevauchait dans la forêt. Béranger comprit qu’une missive en provenance du monastère était arrivée. Des brigands tournaient dans les parages et le seigneur Aymeric voulait tenir son engagement. A cinq chevaliers armés et bien entraînés, ils pouvaient facilement mettre à mal la dizaine de brigands dépenaillés évoquée par l’abbé. Béranger fut un peu vexé d’avoir encore une fois été mis à l’écart des hommes armés et de ne pas pouvoir participer au combat, mais la promesse de connaître enfin la vérité sur ses origines lui fit ravaler l’amertume qu’il aurait pu ressentir.

Ils galopaient à travers les arbres depuis déjà un bon moment lorsque Béranger sentit ses sens se mettre en alerte. Face à eux le chemin montait sur le flanc nord d’une colline. La forêt de feuillus laissait la place à l’ambiance plus froide d’une forêt de grands pins. Les conifères, très hauts et serrés, ne laissaient pas filtrer le soleil et le chemin devenait très sombre. Béranger crut apercevoir des formes bouger dans l’ombre. Un peu inquiet, il pressa insensiblement les flancs de son cheval qui, répondant immédiatement au souhait de son cavalier, accéléra son allure. Béranger arriva à la hauteur du seigneur Aymeric peu avant de pénétrer dans les pins. Il ne voyait plus rien bouger, mais un sentiment d’urgence l’avait gagné tout entier désormais. Il s’adressa à son seigneur sans avoir reçu l’autorisation de prendre la parole :

– Seigneur commença-t-il, lorsque tout à coup, une nuée de flèches s’abattit sur eux. La monture de Béranger poussa un hennissement déchirant. Elle trébucha, fit encore quelques pas puis s’effondra sur le côté, entraînant Béranger sous elle. Le jeune homme eut encore juste le temps d’entendre des bruits d’épées et le seigneur Aymeric rugir  » Traîtres !  » puis il toucha brutalement le sol et sentit le poids de l’animal écraser sa jambe gauche. Sa tête heurta la terre et tout s’obscurcit.

Il reprit conscience un court instant plus tard. Le fracas des armes s’était calmé. Il entendait des pas, des sabots de chevaux et des voix confuses autour de lui. Il avait du mal à respirer. Un liquide visqueux l’empêchait d’ouvrir les yeux. Il était terrifié. qui les avait attaqués ? Où étaient les autres ? Est-ce qu’ils étaient encore en vie ? Désarmé comme il l’était et aveuglé, il se sentait totalement impuissant et n’osait pas bouger. Soudain, une voix teintée d’un fort accent savoyard lâcha d’un ton railleur :

« – Mon cher Aymeric, vous êtes trop prompt à voler au secours des autres… Maintenant notre seigneur n’a plus qu’à cueillir votre château et votre donzelle. Je sens qu’il va prendre autant de plaisir avec l’un qu’avec l’autre. L’homme qui venait de parler éclata d’un rire mauvais.

– Ne restons pas ici. Il faut que notre action reste secrète pour ne pas mettre les autres habitants du château en alerte.

L’un des deux hommes émit un sifflement. Bérenger entendit les sabots d’au moins une dizaine de chevaux se rassembler et s’éloigner rapidement.

Le silence revint au-dessus de la forêt, entrecoupé des cris rauques des geais. L’angoisse ne quittait pas le garçon. Il poussa un faible cri, mais personne ne répondit. Le désespoir le submergea. Ils étaient tous morts ? Sans même avoir eu le temps de se battre… Les chevauchées du comte de Savoie étaient abominablement meurtrières. Mais il réalisa aussitôt son erreur. Cette attaque n’avait rien d’une chevauchée habituelle. Ils étaient attendus, c’était une embuscade. Les paroles des Savoyards lui revinrent en mémoire et le firent frémir.

Il essuya son visage entièrement recouvert d’un sang épais et poisseux. Sans doute celui du cheval, blessé par plusieurs flèches. Il leva la tête et observa les alentours. Il fut atterré par le spectacle sanglant qui se présentait à son regard. Les quatre chevaliers et le seigneur Aymeric gisaient morts sur le sol, le corps recouvert de multiples blessures. Malgré les blessures par flèches, ils avaient quand même réussi à tuer trois de leurs ennemis dont les cadavres reposaient également sur le sol.  Cinq chevaux en provenance de Quirieu était mort, le seul animal survivant restait en bordure de la forêt, terrorisé, poussant de légers hennissements, le corps traversé de tremblements. Béranger se demanda pourquoi il n’avait pas été achevé. Sans doute le sang qui recouvrait son visage avait-il leurré les Savoyards.

Béranger prit appui sur le sol avec ses bras pour se redresser et essaya de dégager sa jambe coincée sous le cheval. Encore étourdi par la violence du choc, il dut s’y reprendre à plusieurs fois pour s’extirper. Sa peau était écorchée profondément à plusieurs endroits. Quand il voulut s’appuyer sur elle, sa jambe se déroba sous son poids et il s’effondra. Il frotta le membre tuméfié, et serrant les dents, se remit debout. Il n’avait pas le choix, il devait absolument retourner au château, chaque minute comptait.

Cependant, malgré l’urgence de la situation, il ne pouvait pas laisser le cadavre du père d’Ermeline seul au milieu de la forêt. Il s’approcha du cheval rescapé de l’attaque. La bête renâcla et gratta nerveusement la terre de son sabot. Béranger se mit à psalmodier des paroles étranges d’un ton doux et régulier. L’animal, comme hypnotisé, se calma et arrêta ses tentatives de fuite. Bérenger s’approcha lentement de lui, posa la main sur son encolure, le flatta doucement sans jamais arrêter son chant monocorde. Puis il saisit les rênes et le guida à travers les corps étendus. L’animal sembla à nouveau effrayé par la proximité de la mort, il s’ébroua faiblement, mais la sorte d’envoûtement dans lequel l’avait plongé Bérenger gardait tout son pouvoir et il resta docile. Bérenger attrapa le corps de son seigneur par les aisselles. Le visage d’Aymeric était contracté, comme sous l’effet d’une colère violente mélangée à une intense souffrance. Le jeune homme hissa le cadavre de cet homme qui avait été un roc à ses yeux et à ceux de toute la communauté de Quirieu en travers de la selle. Il se hissa lui-même derrière et malgré l’inconfort de la position et la douleur lancinante qu’il ressentait dans toute sa jambe gauche, il lança le cheval au galop sur la piste en direction du retour.

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Bacha Posh, Charlotte Erlih

En Afghanistan, les femmes n’ont pas le droit de sortir sans être accompagnées d’un homme, un père, un frère ou un fils. Par conséquent, cela pose un problème dans les familles où il n’y a pas de garçon parmi les enfants. Pour remédier à ce problème, il existe une tradition, déguiser l’une des filles en garçon : on appelle cela une bacha posh. Cette fille a alors tous les droits des garçons : sortir librement dans la rue, étudier, faire du sport. Elle est exemptée des tâches ménagères réservées aux femmes dans cette culture. Et grâce à elle, sa mère et ses sœurs peuvent sortir, accompagnées. Cependant, le jour de sa puberté, cette liberté s’arrête, la jeune fille reprend son statut de fille, ne peut sortir plus que voilée intégralement, et accompagnée d’un homme.

Le roman raconte l’histoire de l’une d’elles, nommée Ferrukzad à la naissance, elle est depuis l’âge de 5 ans Ferrukh. Elle va à l’école, et a monté une équipe d’aviron. Forte de sa connaissance du français, elle a réussi à se procurer un bateau de compétition, et avec ses copains, ils espèrent pouvoir représenter l’Afghanistan aux jeux olympiques. Mais un jour, Ferrukhzad a ses premières règles, et est considérée désormais comme une fille. C’est sa petite sœur, Amira, qui va maintenant jouer le rôle d’un garçon. Les parents de Ferrukhzad mentent aux amis de celle-ci (celui-ci pour les amis), disent qu’il est parti. Ferrukhzad est désespérée, elle ne veut pas trahir ses amis si peu de temps avant les jeux olympiques. Elle va tenter de se révolter contre ses parents et la tradition.

Ce roman est très intéressant, je ne connaissais pas du tout cette tradition. Il n’y a pas de jugement ouvert sur cette tradition, le roman raconte juste les faits, l’action, et retrace les ressentis de la jeune fille.

Un article intéressant sur le sujet.

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Suite du Chapitre 2

Chapitre 1 : la colère du Comte de Savoie

Chapitre 2 (1ère partie) : le Monastère de la pierre plate

Arrivant en vue de la porte principale du donjon, Aimeric retint un sourire amusé. Le Père Supérieur du Monastère de la Pierre plate lui avait envoyé le Frère Emilien. Nul doute qu’il avait une proposition à lui faire. Si son embonpoint le rendait peu assidu aux travaux physiques, le Fère Emilien était connu pour ses talents de commerçant et de négociation. Aimeric s’avança vers lui et s’inclina légèrement :

« Bienvenue dans ma seigneurie, Frère Emilien.

– Merci Seigneur Aimeric.

– Voulez-vous me suivre dans mon bureau ? Nous y serons plus à notre aise. Béranger lança-t-il au jeune homme situé derrière lui, veux-tu nous monter quelques bûches pour faire une flambée s’il te plait ? » Lire la suite

Lire Jules Verne en 2014

Jules Verne est un aueur du XIXème siècle. Or les jeunes à notre époque ne lisent que des romans écrits par des auteurs contemporains. C’est bien dommage car il y a vraiment des bijoux dans la littérature des siècles nous précédant. En plus, c’est important de savoir qui a influencé vos auteurs préférés, et d’où ils tiennent leurs idées. Aujourd’hui je vais parler de Jules Verne puisque je le donne en lecture à mes 5èmes.

Détails sur le produitJules Verne est un formidable auteur. Il a écrit une foule de romans pleins d’action. On peut classer ses romans en deux principales catégories : les romans d’aventure et les romans d’anticipation. Pour ma part je préfère les romans d’aventure.

Ses romans d’aventure racontent très souvent des voyages pleins de péripéties rocambolesques. Mon préféré est Michel Strogoff. Il est relativement long, les lecteurs moyens peuvent choisir de le lire en abrégé (édition Ecole des loisirs). C’est l’histoire d’un homme, Michel Strogoff à qui le tsar confie une mission capitale. Pour la remplir, il doit traverser toute la Sibérie et surtout, éviter les pièges tendus par les traîtres.

Il a également écrit le Tour du monde en 80 jours. Un anglais, Philéas Fogg fait un pari incroyable pour l’époque : faire le tour du monde en seulement 80 jours. Il parie la moitié de sa fortune et dépense l’autre dans son voyage. Il enchaîne les modes de transport les plus variés (même l’éléphant !) et les rencontres bonnes ou mauvaises… Ce roman existe en plus dans une magnifique bande-dessinée, très chouette façon de lire un roman classique.

Les romans d’anticipation de Jules Verne ont souvent pour départ l’exploration d’un monde inconnu. Ainsi il a écrit 20 000 lieues sous les mers, imaginant l’utilisation d’un sous-marin bien avant leur existence. De même, son roman Voyage au centre de la terre nous fait pénétrer par l’imagination dans le coeur de la planète, des lieux encore inconnus même à notre époque.

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Les Ostrogoths, Martine Pouchain

Résumé : Clovis appartient à une famille assez particulière. Son père avait une passion pour l’époque mérovingienne, les six enfants de la famille portent donc le nom soit d’un roi, soit d’une femme célèbre de cette époque (Clodomir, Théodoric, Clothaire, Clotilde et Natilde). Leur famille est pauvre, très pauvre. Lorsque le roman débute, leur père touche le RMI, qu’il dépense en boisson au café, et leur mère vient d’être licenciée. ostrogothsIls mangent des crêpes à l’eau, s’ahbillent au secours populaire, et sont rassurés, parce que jusqu’au 16 mars, il y a la trêve hivernale, qui interdit à leur propriétaire des les expulser. Clovis craque un jour au lycée et vole un baladeur CD. A l’intérieur, il trouve un CD d’un groupe bizarre, le Wolfgang, qu’il surnomme immédiatement le gang du loup. C’est du piano. Il va tomber amoureux de cette musique, et grâce à la grand-mère solitaire qui vit dans l’appartement au-dessus du leur, il commence à apprendre la musique. Cela lui redonne de l’espoir, et il s’accroche au rêve d’une vie meilleure, dans laquelle il pourrait devenir pianiste de jazz, et jouer dans les bars. Ce rêve l’aide à survivre quand tout va de plus en plus mal dans sa famille, au point que son père frappe sa mère puis un jour, achète un revolver. Clovis va s’accrocher à son rêve, et tout faire pour que tout ceci ne se termine pas en drame.

Mon avis : Le thème de la misère est traité avec un mélange d’humour et d’émotion qui m’a vraiment accrochée. Ces six gamins sont attendrissants dans leur lutte quotidienne pour être heureux malgré toute la misère qu’ils endurent. On tremble en voyant le père sombrer, et en essayant d’imaginer ce qu’il veut faire. Le thème de ce roman est très difficile, surtout sur la fin, il faut donc le réserver à des adolescents à partir de 14 ans.

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L’agence Pinkerton, tome 1 : Le châtiment des hommes-tonnerre, Michel HONAKER

Résumé : L’histoire se passe dans les années qui suivent la guerre de Sécession aux Etats-Unis. Le héros est un jeune homme d’une vingtaine d’années, abandonnée e sa mère à 6 ans, qui a vécu son enfance dans les saloons honakeravant d’exercer différents métiers. Il a un don, celui d’être capable de « voir » le passé des gens en leur faisant toucher un jeu de cartes. L’histoire débute lorsque complètement fauché (et poursuivi pour une dette par un colosse décidé à lui rompre les os), il s’engage auprès de  la célèbre agence de détectives Pinkerton. Celle-ci cherche à mettre la main sur un voleur qui cambriole les voyageurs sur la nouvelle ligne de chemin de fer. Ce voleur a des méthodes très étranges : toutes les lumières s’éteignent subitement dans le train, un vent glacial s’introduit, et les gens sont dévalisés. Engagé en même temps que trois autres jeunes gens, Neil doit mener l’enquête. Celle-ci va la conduire à la découverte d’événements tragiques du passé proche, et à une confrontation à certains phénomènes étranges.

Mon avis : Depuis que je suis gamine, j’ai toujours adoré cet auteur. Il a un talent énorme pour faire naître l’étrange et l’inquiétude dans un univers à la base plutôt normal. Je me souviens d’avoir frissonné de frayeur à la lecture de certains de ses romans (et pour tout avouer, ce soir après avoir refermé le livre, je ne suis pas bien rassurée…). Le héros est bien construit, sympa, en quête un peu malgré lui d’un idéal de justice, et on s’enfonce dans l’intrigue petit à petit. J’ai trouvé très intéressante l’évocation de cet univers à la Lucky Luke sous un angle un peu moins naïf que celui de la BD. Il y a d’autres tomes que j’ai bien envie de lire, mais cette fois j’éviterai de lire le soir !! Je recommande cette lecture à des ados à partir de 12 ans déjà plutôt bons lecteurs, ou alors à partir de 13 ans.

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